jeudi 10 juillet 2014

Des dangers de la thérapie cellulaire quand elle est mal maîtrisée


Même quand il s'agit de cellules souches adultes, il faut rester prudent.

Cette histoire commence il y a huit ans au Portugal dans le cadre d'un essai thérapeutique officiel. Une femme américaine paralysée en raison d'une section de la moelle épinière reçoit une injection de cellules souches olfactives prélevées dans son nez, cellules souches adultes donc. Pendant plusieurs années, il ne se passe rien de positif. Plus grave, l'année dernière des médecins interviennent en raison d'une douleur ressentie à l'endroit de l'injection. Et là, surprise, le chirurgien découvre une tumeur de trois centimètres principalement composée de tissu... nasal. La douleur provenait d'un épais mucus sécrété par la tumeur. Même si la tumeur n'était pas cancéreuse, cela illustre les dangers de la thérapie cellulaire.

George Daley (Université de Harvard), spécialiste mondial des cellules souches, y voit un avertissement : "Cela donne à réfléchir et révèle directement à quel point nos connaissances sont pauvres sur la façon dont les cellules s'intègrent, se divisent et se multiplient". De plus il remarque que la plupart des essais cliniques ne suivent les patients que pendant quelques années, et que de nombreux cas comme celui de cette femme pourraient être ignorés.


Si cela ne doit pas être considéré comme suffisamment grave pour entrainer l'arrêt de tels essais thérapeutiques, c'est une preuve de la prudence dont il faut faire preuve dès qu'on injecte des cellules souches. Cela est particulièrement vrai lorsqu'il s'agit non plus d'essais thérapeutiques très contrôlés, mais de soit-disantes méthodes miracles appliquées par des médecins sans scrupules.

Source : New Scientist

mardi 24 juin 2014

Ebola, un risque en France ?

Avertissement : je parle ici du risque d'épidémie globale d'Ebola en France qui nous concerne tous, pas des risques individuels qui ne concernent que les personnes susceptibles d'être en contact direct avec un malade porteur du virus.

Le virus Ebola est responsable d'une fièvre hémorragique toujours grave et souvent mortelle chez l'homme. Une épidémie sévit actuellement en Afrique et elle serait "hors de contrôle" selon Médecins sans Frontières, son ampleur étant en effet sans précédent avec plus de 60 foyers différents et 567 cas à ce jour. Quelques journaux et sites internet tirent la sonnette d'alarme : une épidémie est-elle possible en France ? La réponse est très probablement non. En effet le virus est sans doute trop virulent pour s'installer dans un pays aussi médicalement contrôlé que la France.

Quelques cas sont malheureusement possibles, avec des transmissions en France à partir de personnes infectées venant de Guinée, du Liberia ou de la Sierra Leone. Cependant le talon d'Achille de ce virus est d'être extrêmement virulent puisqu'il tue presque systématiquement et rapidement (en quelques jours) son hôte, laissant donc relativement peu de temps pour infecter d'autres personnes ; c'est d'ailleurs une des raisons pour laquelle les épidémies dues à Ebola s'éteignent au lieu de se propager indéfiniment. Au contraire le virus du SIDA est beaucoup plus dangereux car il peut rester "dormant" pendant des années tout en se transmettant, et sans trithérapie il est tout aussi mortel. Par comparaison le virus du SIDA est donc infiniment plus dangereux qu'Ebola si on parle d'épidémie globale. Le risque d'un tel événement en France est proche de zéro : les autorités sanitaires déclencheraient en effet un plan draconien dès le premier cas déclaré en France.

Éléments de réponse trouvés sur le site de l'OMS :
"Le virus Ebola s’introduit dans la population humaine après un contact étroit avec du sang, des sécrétions, des organes ou des liquides biologiques d’animaux infectés. En Afrique, l’infection a été constatée après la manipulation de chimpanzés, de gorilles, de chauves-souris frugivores, de singes, d’antilopes des bois et de porcs-épics retrouvés malades ou morts dans la forêt tropicale.
Il se propage ensuite dans les communautés par transmission interhumaine, à la suite de contacts directs (peau lésée ou muqueuses) avec du sang, des sécrétions, des organes ou des liquides biologiques de personnes infectées, ou de contacts indirects par l’intermédiaire d’environnements contaminés par ce type de liquides. Les rites funéraires au cours desquels les parents et amis du défunt sont en contact direct avec la dépouille peuvent également jouer un rôle dans la transmission du virus Ebola . Le sperme peut continuer de transmettre le virus jusqu’à sept semaines après la guérison clinique.

Des agents de santé se sont souvent infectés en traitant des cas suspects ou confirmés de maladie à virus Ebola. Cela s’est produit lors de contacts étroits avec les patients, lorsque les précautions anti-infectieuses n’ont pas été strictement appliquées."

À la lecture de ce texte, il est clair qu'il n'y a pas lieu de paniquer.

jeudi 1 mai 2014

**** Quand les catholiques "tradis" parlent de création et d'évolution


Je vous recommande vivement de regarder cette remarquable vidéo sur la création et l'évolution. Vous en retirerez forcément quelque chose ! Les scientifiques pourraient être surpris de voir à quel points leurs travaux sont pris en compte, même ceux publiés il y a moins d'un mois, et les catholiques pourraient envisager la question de l'évolution d'une façon bien différente.

Le pèlerinage de Paris-Chartres de la Pentecôte, rendez-vous du monde des catholiques "tradi" depuis des dizaines d'années, a choisi comme sujet de méditation cette année "Au commencement Dieu créa le ciel et la terre" (ce qui est aussi le titre d'un livre de Benoît XVI quand il était encore le cardinal Ratzinger).

La question de l'évolution se pose naturellement quand on réfléchit à celle de la création. Voici ce qu'en dit le père Jean-Baptiste, de l'abbaye de Lagrasse. Je vous préviens, vous aurez des surprises. Pour être pointilleux, je ferais une remarque sur l'utilisation du mot "darwinisme" : c'est je crois faire un mauvais procès à Darwin que de lui attribuer le militantisme athée de certains néo-darwiniens actuels. Mais le fait d'envisager, même de façon très prudente, la remise en cause du monogénisme pourrait en surprendre plus d'un...



Cette vidéo a été mise en ligne sur le site internet de Notre Dame de Chrétienté (ici) et sur le site de Gloria ().

Des cellules souches embryonnaires pour traiter des crises cardiaques chez les macaques


Bizarre comme les nouvelles se télescopent. Un article du British Medical Journal (voir le commentaire de Nature publié hier) publié hier s'est penché sur l'utilisation de cellules souches adultes pour traiter les crises cardiaques. La conclusion de cette étude est que la plupart des essais sont biaisés ou que les résultats ne sont pas significatifs. Et c'est sans compter que plusieurs études semblent tout simplement frauduleuses. Il faut cependant rappeler qu'un essai à grande échelle a été lancé récemment en Europe avec le recrutement de 3000 patients, et que les résultats de cette étude sans précédent dans son ampleur ne seront connus que dans plusieurs années.

Loin de ces résultats guère encourageant, Nature publie aujourd'hui un article montrant que des cardiomyocytes (cellules du muscle cardiaque) dérivés de cellules souches embryonnaires humaines (CSEH) peuvent réparer le cœur de macaques ayant subi une crise cardiaque. Les chercheurs ont d'abord mis au point un protocole permettant de générer des milliards de cardiomyocytes à partir d'une lignée de CSEH déjà établie. Ils ont en effet calculé qu'il faudrait injecter environ un milliard de cardiomyocytes à un singe pour espérer voir un résultat positif. Ils ont ensuite provoqué une crise cardiaque "mineure" en bloquant un vaisseau sanguin cardiaque pendant 90 minutes. Puis les cardiomyocytes ont été injectés dans la zone affectée deux semaines plus tard.

Après euthanasie, les singes ont été autopsiés. Aucun ne présentait de tumeur, l'un des principaux risques de l'utilisation de cellules souches embryonnaires - cependant la courte durée de vie des macaques après la transplantation ne permet de dire si des tumeurs auraient pu se développer plus tard. Et si seulement 10% des cellules injectées ont survécues, elles ont pu se différencier, être vascularisées, et manifester une activité électrique similaire à des cardiomyocytes endogènes.

Des problèmes pas anodins
Un problème majeur est cependant apparu dans ces expérience car tous les singes traités avec ces cellules ont manifesté des arythmies, avec notamment des tachycardies à 180 battements par minute (le rythme cardiaque moyen d'un macaque est de 100 à 130 battements par minute). D'autre part rien ne permet de conclure à une amélioration de la récupération du tissu cardiaque, en l'absence d'un groupe contrôle. Enfin les auteurs soulignent eux-mêmes que la crise cardiaque induite est "mineure".

C'est donc un résultat encourageant pour le traitement des crises cardiaques, même si on est encore très loin d'une solution thérapeutique. Et bien sûr l'origine même des cardiomyocytes transplantés pose un problème éthique majeur dont les lecteurs de ce blog sont familiers. Mais rien n'empêche d'imaginer qu'on pourrait trouver une autre source, comme les cellules iPS ou les iCM (pour "induced cardiomyocytes") obtenues par reprogrammation directe évoquées dans ce billet.

Un avertissement
Cette étude sonne comme un avertissement. La thérapie cellulaire à base de cellules souches embryonnaires se rapproche et tout laisse à penser que ça marchera, au moins pour certaines pathologies. Il est donc plus urgent que jamais de trouver et favoriser des solutions éthiques permettant d'éviter le recours aux CSEH ou aux embryons humains. Mais de le faire de façon scientifiquement valide pour éviter de se retrouver dans la situation évoquée au début de ce billet...


lundi 21 avril 2014

Le dernier coup du clonage thérapeutique : créer 77 embryons pour obtenir 2 lignées cellulaires


 Après l'équipe de Shoukhrat Mitalipov en 2013, de nouvelles expériences de clonage thérapeutique humain ont été réussies, cette fois en utilisant des adultes adultes et non des cellules de nouveau-né, un travail publié dans la revue Cell Stem Cell. Célébré comme un résultat fantastique (Le Figaro, Libération, et de nombreux autres), c'est pourtant un succès très relatif. Il a fallu quatre "donneuses" (payées plusieurs milliers de dollars chacune) pour obtenir les 77 oocytes dont le matériel nucléaire a été détruit pour être remplacé par celui des cellules de deux hommes adultes, l'un de 35 ans et l'autre de 75 ans. Le tout pour obtenir en tout et pour tout trois embryons au stade blastocyste, tous les autres étant morts avant. Au final seules deux lignées cellulaires ont été établies après destructions des trois embryons survivants. Si c'est un succès technique puisqu'il y a deux lignées et non pas zéro, on est loin d'un taux suffisant pour espérer faire quoique ce soit en matière de thérapie cellulaire avec ça : 2 lignées pour 77 tentatives, même d'un point de vue purement technique, c'est très loin d'être encourageant. Et je ne suis pas le seul à le dire, mais aussi plusieurs chercheurs comme le rapporte le Los Angeles Times qui cite notamment Robert Lanza, pourtant un des apôtres du clonage thérapeutique et signataire du travail publié par Cell Stem Cell ; même lui reconnaît que la plupart des chercheurs sont passés aux cellules iPS et ne feront pas de clonage thérapeutique.

Une dépêche de l'AFP doublement mensongère

La dépêche de l'AFP reprise par les sites évoquées plus haut est partiellement mensongère, notamment par omission, à telle point que certains s'y sont laissés prendre. Voici le texte : "Cette approche présente l’avantage de ne pas utiliser d’embryons fertilisés pour obtenir des cellules souches, une technique qui soulève d’importantes questions éthiques, car dans ce cas l’embryon est détruit." Si cela évite bien d'utiliser des embryons fécondés, chaque introduction d'un noyau adulte dans un oocyte crée un embryon par clonage, tout comme la fertilisation le crée par reproduction sexuée. Il a donc fallu créer et détruire 77 embryons pour obtenir 2 lignées cellulaires.

La dépêche continue par la phrase suivante : "Mais les détracteurs de cette technique, comme l’Eglise catholique, estiment qu’elles présentent le risque de dérapage et de mener au clonage d’êtres humains..." Je rappelle que l'Église a déjà donné sa position en 2008 et qu'elle est exactement l'inverse de ce que sous-entend l'AFP. Cela est écrit noir sur blanc ici (§30) : "Le soi-disant clonage thérapeutique est encore plus grave au plan éthique. Créer des embryons dans le but de les supprimer, est totalement incompatible avec la dignité humaine, même si l’intention est d’aider les malades, car cela fait de l’existence d’un être humain, même à son stade embryonnaire, rien de plus qu’un moyen à utiliser et à détruire. Il est gravement immoral de sacrifier une vie humaine dans un but thérapeutique." Le clonage thérapeutique est à lui tout seul un dérapage majeur, et pire que le clonage reproducteur.


samedi 8 mars 2014

Vulgarisation scientifique, twitter et autres considérations

Un peu de recul sur ce blog
Il y a quelques jours Famille Chrétienne a publié un texte de votre serviteur sur les cellules STAP, ces nouvelles cellules souches reprogrammées de façon extrêmement simple. Ce n'est pas de ces cellules que je souhaite parler ici mais de vulgarisation scientifique. Je suis très heureux de participer à cet effort, et avec ce billet dans FC ce n'est pas le première fois que je m'aventure loin de mon blog. Certains d'entre vous se souviendront peut-être que mon tout premier article, longtemps avant la naissance de ce blog, a été publié par Liberté Politique en 2004. Il concernait un remarquable travail paru dans la revue Science à propose de la baisse du SIDA en Ouganda. Et mon premier billet rapportait l'organisation d'une conférence sur l'évolution au Vatican.

Un compte twitter
Il est particulièrement difficile de faire de la vulgarisation scientifique. C'est un constant exercice d'équilibriste entre la présentation des détails scientifiques pour éviter de trop dénaturer les faits, et l'objectif d'être compris par le plus grand nombre ; je sais de quoi je parle car j'ai récemment écrit des textes sur d'autres sujets et ceux-ci m'ont pris beaucoup moins de temps à écrire que le recensement d'une découverte scientifique. Malheureusement le temps me manque souvent pour traiter en détail des informations essentielles. D'où mon compte twitter qui me permet de faire circuler des nouvelles sans que j'y mette (trop) mon grain de sel. Si vous trouver que les billets se font rares sur ce blog, n'hésitez pas à consulter la colonne de droite où sont repris mes derniers tweets. Et pour tous les voir il suffit, comme pour n'importe quel compte twitter, d'y aller directement par internet ; il n'y a pas besoin de s'inscrire pour lire les tweets de quelqu'un... 

Un exemple de tweet intéressant
Pour l'exemple je signale ici un tweet récent :
 

On y apprend que la plupart des essais de thérapie cellulaire en cours exploitent des cellules souches adultes et que pas un seul essai n'exploite actuellement les cellules souches embryonnaires (ESC en orange dans le graphe). Dans un 2e tweet j'ai donné la source et vous avez tout le loisir d'aller explorer le billet de cet autre blog plus avant (pour les anglophones). Vous y verrez par exemple que le France est particulièrement mal placée dans cette course.


Merci en tout cas aux lecteurs toujours fidèles même si les multiples occupations m'éloignent de mon blog, et n'hésitez pas à regarder de temps en temps ce que j'ai fait circuler via twitter.

vendredi 7 février 2014

Prix et controverses

La Fondation Jérôme Lejeune a décidé de publier un communiqué de presse suite à deux billets publiés ces derniers jours l'un dans Le Monde, et l'autre dans Libération. Ces billets ont en commun une attaque virulente contre Jérôme Lejeune et la Fondation du même nom ; Lejeune n'aurait pas découvert la trisomie 21 mais aurait volé ce résultat à une jeune et talentueuse biologiste, Marthe Gautier. Celle-ci, toujours vivante, a raconté à plusieurs reprises sa version des événements, notamment, et à ma connaissance pour la première fois, dans Médecine/Sciences en 2009. Lejeune, mort en 1994, n'était hélas plus là pour répondre. La polémique a ressurgi à l'occasion des 7e Assises de Génétique Humaine et Médicale qui viennent de se tenir et aux cours desquelles Marthe Gautier devait donner un séminaire sur la découverte de la trisomie 21. Vous lirez par vous-mêmes la suite des événements grâce aux trois premiers liens de ce billet. Ne connaissant aucun des protagonistes, je ne prétends pas savoir quoique ce soit sur le fond de ce sujet (et encore moins sur le retrait de Marthe Gautier peu avant son séminaire). Il faut cependant noter que d'autres ont également revendiqué la paternité de cette découverte et que plusieurs équipes étaient "sur le coup", notamment celle de Patricia Jacobs aux États-Unis qui ne fut battue par Lejeune, Gautier et Turpin que d'un cheveu.

Ce dont je veux parler, c'est de la teneur des billets du Monde et de Libération que je trouve choquants car presque entièrement à charge. Par exemple ce serait par pure misogynie que Marthe Gautier aurait été écartée de la première place de l'article, et des récompenses qui suivirent, l'accusation de machisme étant même directement portée contre une femme, Marie-Odile Réthoré, ce qui m'a laissé passablement perplexe (alors que Marthe Gautier le dit elle-même, elle avait bien un statut de "technicienne" lorsqu'elle a effectué les marquages). De plus la Fondation est coupable d'être réactionnaire, contre l'IVG, la "théorie du genre" etc, ce qui n'apporte rien sur la question de savoir si Marthe Gautier a reçu ou non sa juste part des récompenses mais ne peut pas laisser le lecteur de Libération indifférent. Turpin et Lejeune étant morts je vois mal comment établir les faits de façon dépassionnée. Il semble ne faire aucun doute que l'apport de Marthe Gautier fut déterminant, car elle seule maîtrisait la technique ; il est également très clair que Turpin et Lejeune s'intéressaient et ont continué à s'intéresser à l'origine génétique des maladies, et que les compétences réunies ont permis de franchir un pas décisif.

Il faut cependant savoir que toute grande découverte apporte son lot de controverses. Prenons l'exemple du prix Nobel de physiologie médecine remis à Jules Hoffmann en 2011. À part dans les milieux scientifiques, peu de gens savent que Bruno Lemaître, chercheur chez Hoffmann et premier signataire du papier qui conduira Hoffmann au prix Nobel a présenté sa version des faits et affirme qu'Hoffmann n'était à l'époque que peu intéressé par ses travaux et que le mérite de la découverte devrait lui revenir. Encore une fois loin de moi l'idée de trancher, mais ce témoignage de Lemaître n'a pas eu le retentissement qu'a aujourd'hui celui de Marthe Gautier. Peut-être n'ai-je pas assez cherché, mais je n'ai trouvé aucun article en français à ce sujet (ce que je serai heureux de modifier si un lecteur m'en indique un), alors que ce témoignage a été répercuté à l'étranger. Autre exemple : le Nobel de Montagnier et Barré-Sinoussi en 2008 pour la découverte du VIH dont Jean-Claude Chermann a été écarté pour des raisons présentées de façon très claire dans différents media (comme ici par exemple ; JCC a lui-même écrit un livre sur ce sujet : "Tout le monde doit connaître cette histoire”, éditions Stock, octobre 2009).

Que conclure de ces trois histoires parallèles ? D'abord une évidence, à savoir que les recherches se font en équipe et qu'il est rare de pouvoir récompenser tout le monde ; en général les patrons reçoivent les prix et les expérimentateurs restent dans l'ombre. Cependant ceux qui reçoivent les honneurs ne doivent évidemment pas oublier leurs équipes. Mais je retiens surtout que le traitement réservé à ces trois "affaires" est bien différent, et que le cas de Jérôme Lejeune fait l'objet d'une attention particulière et fort peu objective. Je veux ici témoigner des bienfaits de la Fondation Jérôme Lejeune, que ce soit en direction des porteurs de trisomie 21 par les consultations spécialisées, ou grâce aux financements distribués aux laboratoires pour faire des recherches que personne d'autre ne finance. Je pensais naïvement que l'héritage de Lejeune méritait un peu plus d'objectivité, ou au minimum la prise en compte et le rappel des éléments "à décharge". Je me trompais...

Ce billet a été écrit en écoutant le concerto pour violon en ré majeur de Tchaikovsky. 

NB : ce texte ne fait l'objet d'aucun conflit d'intérêt. Je n'ai jamais reçu de financement de la Fondation Lejeune (et pour cause, je ne travaille pas sur des maladies de l'intelligence) ni n'ai eu l'occasion de profiter des consultations spécialisées,  et ce billet n'est commandité par personne. Je pense que cela va sans le dire, mais encore mieux en le disant :-)

mercredi 29 janvier 2014

**** La reprogrammation cellulaire révolutionnée par les cellules STAP

Addendum du 3 juillet 2014 : ces articles ont été rétractés car ils contenaient trop d'erreurs. Nul ne sait à ce jour si les cellules STAP existent ou non !

Nature a mis en ligne deux articles (résumés ici et  ; le reste est payant) et un commentaire en fin d'après-midi. Des chercheurs japonais et américains ont découvert une nouvelle méthode radicalement plus simple pour reprogrammer des cellules chez la souris : ils ont prélevé les cellules juste après la naissance et les ont cultivées dans un milieu légèrement acide pendant 30 minutes pour induire une reprogrammation encore plus complète que pour les cellules iPS ou les cellules souches embryonnaires ; le tout sans aucune des manipulations génétiques requises pour générer des cellules iPS  ! De plus il semblerait que ces cellules, nommées STAP (stimulus-triggered acquisition of pluripotency), retournent à un état quasiment vierge, proche de la totipotence. Elles sont en tout cas capables de produire à la fois les tissus embryonnaires et extraembryonnaires, ce que ni les cellules iPS ni les cellules souches embryonnaires ne peuvent normalement faire. Des souris chimériques générées en partie à partir de ces cellules ont déjà deux ans et semblent parfaitement normales et fertiles.
C'est presqu'incroyable tellement c'est simple, mais il a fallu près de cinq années de travail et plusieurs rejets des articles soumis pour convaincre les évaluateurs. Si cette technique peut être transposée à l'homme, ce sera une révolution rendant probablement les cellules iPS et l'utilisation d'embryons pour la recherche inutiles.
Les spécialistes interrogés par les media britanniques, manifestement mis au courant par Nature avant tous les autres, sont unanimes. À lire ici (en anglais) :
Le Guardian
Le Telegraph
Une vidéo sur le site du Guardian

Un caveat majeur doit être souligné : le risque d'exploiter cette technique pour le clonage comme le souligne le New Scientist.

Merci à Sibellius et son Finlandia, écouté en boucle (!) pendant la préparation de ce billet.

mercredi 18 décembre 2013

Horizon 2020, embryons et cellules souches : un cadre assez contraignant

Conformément à ce qu'ont annoncé certains sites espagnols, l'Union Européenne ne financera pas plus la recherche sur l'embryon humain ou les cellules souches embryonnaires humaines qu'avant, mais pas moins non plus. Un résumé de la situation peut être trouvé ici (en anglais, une source qui a peu de chance d'être favorable aux interdictions). Il s'agit de règles qui s'appliqueront dans le cadre du programme Horizon 2020 qui couvre la période 2014-2020.

- Le principe de subsidiarité s'applique : ne peut être financé dans un pays que ce qui est autorisé par ce même pays.
- Le clonage humain reproductif ne sera pas financé, pas plus que la recherche permettant de modifier l'héritage génétique - en clair on ne peut faire de la thérapie génique que si les modifications ne peuvent pas être transmises.
- Pas de financement pour la fabrication d'embryon à seule fin de recherche.
- Pas de financement s'il y a destruction d'un embryon, y compris pour créer de nouvelles lignées cellulaires. Seules les lignées déjà existantes peuvent êtres utilisées.

Au final : le cadre européen est nettement plus contraignant que la législation française qui autorise la destruction des embryons surnuméraires.

vendredi 6 décembre 2013

Avec de tels arguments, les singes seront des "personnes" dans peu de temps

Qui, du singe ou du fœtus, pourrait devenir une personne juridique aux États-Unis ?

La justice américaine va devoir se prononcer sur la question de savoir si les singes et autres animaux doués d'une certaine forme d'intelligence élémentaire peuvent être considérés comme des "personnes juridiques", et donc avoir les mêmes droits. Il faut savoir que le droit américain considère les animaux comme des choses que l'on "possède" ; il faudrait qu'un juriste le confirme mais j'en déduis que le concept juridique d'animal (être vivant non humain et plus complexe et respectable qu'une plante) n'existe pas en tant que tel, en tout cas pas pour l'aspect qui nous intéresse.

Mais là n'est pas l'objet de ce billet. Je veux plutôt vous parler de ce que la prestigieuse revue Science rapporte à ce sujet (l'article ne peut être lu que par les abonnés). Après avoir longuement décrit la stratégie juridique des promoteurs de ce changement de statut juridique qui concernerait non seulement les singes mais aussi les éléphants, les dauphins, les baleines etc. Pour cela ils s'appuient sur la cas de James Somerset, un esclave noir qui s'est vu reconnu comme "personne juridique" et non plus comme un objet qu'on pouvait posséder en 1762 ; la reconnaissance de ce statut suffit ensuite à le déclarer libre. Passons sur le fait que cela implique de mettre sur le même pied un esclave noir et un singe ou un dauphin ce qui est en soi déjà assez détestable ; ce n'est encore pas de cela que je veux vous parler.

Non, ce qui me sidère c'est la pauvreté des arguments des chercheurs à qui on a demandé leur avis. Un exemple ? "Assigning rights to animals akin to what humans have would be chaotic for the research community" ["donner des droits humains à des animaux serait catastrophique pour la communauté des chercheurs"], déclaration du président de l'Association Nationale de la Recherche Biomédicale. Ou bien celui-ci : "he is concerned that the personhood movement will draw resources away from initiatives to save animals in the wild" ["il a peur que ce mouvement empêche d'accéder aux ressources qui permettraient de sauver ces animaux sauvages"]. Avec des arguments comme ça, ils ont déjà perdu... Je préfère souvent le pragmatisme anglo-saxon à la tendance française qui est le plus souvent de conceptualiser et généraliser mais en l'occurrence, au moins pour cette fois, il vaudrait mieux voir les choses par le grand bout de la lorgnette plutôt que l'inverse. Ne pourrait-on pas raisonner en terme de personnes, d'animaux et des plantes, avec des droits afférents tenant compte des évidentes différences biologique ? Car comme fait remarquer un autre chercheur, après les singes et les dauphins, que se passera-t-il ? Les souris, les rats, les poissons, les drosophiles ? Mais rassurez-vous, les embryons et les fœtus ne seront toujours pas des personnes juridiques et devront se satisfaire de leur statut... qui n'existe pas !

Addendum du 11 décembre 2013
J'avais tort de m'inquiéter et le bon sens a prévalu, au moins pour le moment : les trois premiers procès sont déjà réglés par trois refus ; dans un cas le juge a même refusé d'écouter les avocats (source). Mais les promoteurs de ce statut de "personne juridique" des animaux ne désarment pas et font appel.