Les journaux britanniques de ce jour racontent tous l'histoire de Russell Turnbull qui avait presque perdu la vue de l'œil droit en 1994. Il était intervenu pour séparer des personnes se bagarrant dans un bus. En guise de remerciement, un jet d'ammoniaque brûlait sa cornée. La conséquence était depuis une vision très floue de l'œil droit, une douleur intense à chaque clignement de l'œil, et très grande sensibilité à la lumière.
Aujourd'hui il voit de cet œil, presqu'aussi bien qu'avant. Il a pu recommencer à travailler, à faire du cheval ou du ski nautique. C'est une première médicale qui l'a guéri : la transplantation de cellules souches dans son œil abîmé. Avec d'autres patients, huit pour être précis, il a bénéficié du travail réalisé par une équipe de chercheurs de Newcastle, conduite par Francisco Figueiredo et Sajjad Ahmad, sur les cellules souches. Les huit personnes ayant reçu ce nouveau traitement il y a 18 mois ont toutes vues leur vision s'améliorer tandis que les douleurs diminuaient à des degrés divers.
Un traitement à base de cellules souches adultes
Vous l'aurez deviné : ces cellules souches sont des cellules souches adultes. Elles sont appelées cellules souches limbiques (CSL), viennent de l'œil et sont capables de générer la cornée. Les patients guéris avaient tous perdu la vision pour un seul œil, avec notamment une perte des CSL. Pour les remplacer, les chercheurs ont "simplement" utilisé les CSL prélevées dans l'autre œil. Un millimètre carré a suffi pour faire pousser ces cellules en laboratoire et obtenir un tissu d'une surface 400 fois supérieure, assez pour la transplantation sur l'œil endommagé. Cette solution ne marche donc pour le moment que pour les patients qui n'ont perdu ces cellules que dans un œil. Mais elle est relativement simple et peu coûteuse, comparée à d'autres thérapies cellulaires envisagées. Et on peut imaginer que d'autres types de cellules souches pourraient être transformées en CSL pour les patients ayant perdu la vision dans les deux yeux.
Sources : Times, Guardian, Daily Telegraph et l'article paru dans la revue Stem Cells.
mercredi 23 décembre 2009
dimanche 20 décembre 2009
La taille d'une cellule
Vous trouverez sur cette page les tailles relatives de différentes cellules, bactéries, virus, etc par rapport à un grain de riz ou un atome de carbone. Il suffit de déplacer le curseur en bas de la fenêtre. (Merci à The Deeps of Time pour cette information).
Cellules souches adultes et crise cardiaque
Dans la droite ligne de mon billet précédent, une démonstration supplémentaire de l'intérêt des cellules souches adultes : un essai clinique en phase I vient de se terminer pour tester l'effet de l'injection intraveineuse - donc une procédure très simple - de cellules souches adultes dans les 10 jours qui suivent une crise cardiaque (source). Non seulement il ne semble pas qu'il y ait d'effet négatif, ce qui est testé lors de la première phase d'un essai clinique, mais en plus les cellules injectées semblent capables d'améliorer la santé des patients de façon significative. Aux États-Unis, on compte plus d'un million de crises cardiaques chaque année.
225.000 dollars pour un travail à temps partiel
On sait tous que la Californie est au bord de la faillite. Pourtant, cette somme est le montant du salaire du vice-président - à temps partiel - du comité chargé de gérer l'emprunt de trois milliards de dollars de l'état de Californie destiné au financement des recherches sur les cellules souches. Son salaire a triplé récemment ! (source)
Une nouvelle plus intéressante : fin octobre plusieurs centaines de millions de dollars ont été attribuées grâce à cet emprunt, pour financer 14 projets de recherche. Seuls quatre projets portent sur les cellules souches embryonnaires, tous les autres utilisent des cellules ordinaires, ou bien des cellules souches adultes ou des cellules reprogrammées. Il est utile de rappeler que cet emprunt décidé en 2004 avait pour but de contourner l'interdiction fédérale de financer la recherche sur les cellules souches embryonnaires en dehors des lignées déjà approuvées en 2001. Au final, beaucoup de bruit pour pas grand-chose.
Une nouvelle plus intéressante : fin octobre plusieurs centaines de millions de dollars ont été attribuées grâce à cet emprunt, pour financer 14 projets de recherche. Seuls quatre projets portent sur les cellules souches embryonnaires, tous les autres utilisent des cellules ordinaires, ou bien des cellules souches adultes ou des cellules reprogrammées. Il est utile de rappeler que cet emprunt décidé en 2004 avait pour but de contourner l'interdiction fédérale de financer la recherche sur les cellules souches embryonnaires en dehors des lignées déjà approuvées en 2001. Au final, beaucoup de bruit pour pas grand-chose.
dimanche 13 décembre 2009
Le génome du grand panda séquencé
C'est une information sans aucune portée éthique, mais amusante néanmoins. La revue Nature a publié aujourd'hui un article relatant le séquençage du génome du grand panda, Ailuropoda melanoleuca, dont on considère qu'il reste 2500 à 3000 individus dans quelques montagnes de la Chine occidentale. Une des caractéristiques principales de ce panda est son régime alimentaire, composé essentiellement de bambou. L'analyse de son génome a révélé qu'il avait tous les gènes nécessaires pour être carnivore, mais qu'il lui manquait ceux d'un régime typiquement herbivore. Il est donc probable que la flore intestinale du panda joue un rôle essentiel pour lui permettre de se nourrir de bambou. D'autre part il semble qu'il y ait encore une très grande diversité génétique chez ce panda, ce qui est un atout pour la survie de l'espèce, alors qu'une forte consanguinité serait défavorable.
vendredi 11 décembre 2009
Des cellules souches adultes pour guérir l'anémie falciforme
Pour la première fois, une thérapie semble marcher pour guérir des adultes atteints d'anémie falciforme, maladie génétique qui affecte les globules rouges et qu'on appele aussi drépanocytose. On peut guérir des enfants en supprimant totalement les cellules souches contenues dans la moelle osseuse, par irradiation, chimiothérapie et immunosuppression, puis reconstituer leur moelle à partir d'une greffe. Les cellules souches greffées vont peu à peu régénérer les cellules sanguines, et produire notamment des globules rouges normaux. Cela a permis de guérir environ 200 enfants. Mais chez les adultes, un tel traitement (irradiation, chimiothérapie et immunosuppression) n'est pas possible.
Une thérapie exploitant des cellules souches adultes
Une nouvelle étude du New England Journal of Medicine propose une solution, consistant à n'effectuer qu'un traitement de destruction partielle de la moelle osseuse par irradiation légère et immunosuppression sans chimiothérapie. Ceci suffirait à "donner de la place" aux cellules souches greffées qui pourraient générer des globules rouges normaux ; il reste toujours chez ces patients des cellules malades, mais ils possèdent suffisamment de globules rouges fonctionnels pour être considérés comme guéris. C'est du moins la conclusion de cette étude qui a permis de guérir neuf patients sur les dix premières personnes traitées.
À noter : les cellules greffées sont des cellules souches hématopoïétiques, démontrant une nouvelle fois l'utilité des cellules souches adultes pour guérir des patients.
Une thérapie exploitant des cellules souches adultes
Une nouvelle étude du New England Journal of Medicine propose une solution, consistant à n'effectuer qu'un traitement de destruction partielle de la moelle osseuse par irradiation légère et immunosuppression sans chimiothérapie. Ceci suffirait à "donner de la place" aux cellules souches greffées qui pourraient générer des globules rouges normaux ; il reste toujours chez ces patients des cellules malades, mais ils possèdent suffisamment de globules rouges fonctionnels pour être considérés comme guéris. C'est du moins la conclusion de cette étude qui a permis de guérir neuf patients sur les dix premières personnes traitées.
À noter : les cellules greffées sont des cellules souches hématopoïétiques, démontrant une nouvelle fois l'utilité des cellules souches adultes pour guérir des patients.
Reprogrammation d'ovaires en testicules
Le dernier numéro de Cell, outre une tribune sur les cellules iPS sur laquelle je reviendrai, nous parle d'une découverte intéressante. Il semble que les ovaires ne doivent leur survie qu'à des signaux constamment émis. Supprimez ce signal, et le tissu commence très rapidement à se convertir en testicule. Les ovaires ne sont donc pas des tissus différenciés de façon définitive.
Ceci a été démontré dans des souris porteuses d'une perte de fonction conditionnelle du gène Foxl2 - ce qui signifie que la fonction de ce gène peut être perdue de façon contrôlée. Quand cette perte a lieu chez une souris femelle adulte, les ovaires de celle-ci se transforment en testicules.
Si la perte d'un seul gène peut suffire pour induire un changement de sexe, il se pourrait qu'un processus similaire soit à l'œuvre chez les poissons masculinisés que l'on trouve de plus en plus souvent dans les rivières. En effet le gène Foxl2 agit de concert avec les récepteurs aux œstrogènes : il se pourrait donc que les molécules qui miment les œstrogènes agissent sur le sexe des poissons en affectant la voie de Foxl2 et des récepteurs aux œstrogènes.
Ceci a été démontré dans des souris porteuses d'une perte de fonction conditionnelle du gène Foxl2 - ce qui signifie que la fonction de ce gène peut être perdue de façon contrôlée. Quand cette perte a lieu chez une souris femelle adulte, les ovaires de celle-ci se transforment en testicules.
Si la perte d'un seul gène peut suffire pour induire un changement de sexe, il se pourrait qu'un processus similaire soit à l'œuvre chez les poissons masculinisés que l'on trouve de plus en plus souvent dans les rivières. En effet le gène Foxl2 agit de concert avec les récepteurs aux œstrogènes : il se pourrait donc que les molécules qui miment les œstrogènes agissent sur le sexe des poissons en affectant la voie de Foxl2 et des récepteurs aux œstrogènes.
jeudi 10 décembre 2009
De nouvelles cellules souches dans la peau
Des chercheurs viennent de publier un article dans la revue Cell Stem Cell, démontrant l’existence d’une nouvelle classe de cellules souches adultes du derme, la couche inférieure de la peau, capables de générer des tissus adipeux, des os, des cartilages, ou même des cellules nerveuses. Ces cellules étaient connues depuis quelques années mais c’est seulement grâce à cet article qu’on a pu prouver qu’il s’agissait bien de cellules souches. Elles ont les mêmes propriétés que certaines cellules souches embryonnaires appartenant à la crête neurale chez l'embryon.
Le principal intérêt de ces cellules est qu’elles sont capables d’envoyer des signaux à l’épiderme et de régénérer des poils notamment. Elles pourraient donc être très utiles pour générer une couche de peau complète, et non pas seulement de l’épiderme comme on sait le faire aujourd’hui. Une combinaison de cellules souches du derme et de l’épiderme pourrait permettre d’obtenir un tel résultat. Il rendrait par ailleurs sans doute inutile le recours aux cellules souches embryonnaires, solution qui a récemment été à la une des journaux.
Le principal intérêt de ces cellules est qu’elles sont capables d’envoyer des signaux à l’épiderme et de régénérer des poils notamment. Elles pourraient donc être très utiles pour générer une couche de peau complète, et non pas seulement de l’épiderme comme on sait le faire aujourd’hui. Une combinaison de cellules souches du derme et de l’épiderme pourrait permettre d’obtenir un tel résultat. Il rendrait par ailleurs sans doute inutile le recours aux cellules souches embryonnaires, solution qui a récemment été à la une des journaux.
mercredi 9 décembre 2009
La science contre Darwin ? Non, pas vraiment...
En se basant sur une dépêche de l'AFP, certains prétendent que la dernière découverte du virologiste Didier Raoult, qui travaille à Marseille, remet en cause "la totalité de l'idéologie darwinienne". Il faut dire que Raoult est passionné par les virus et que son équipe fait découvertes sur découvertes. Mais il va trop loin dans l'interprétation de ses données (ou bien le journaliste de l'AFP a été approximatif).
- Il considère que les virus sont des êtres vivants. Cette hypothèse n'est défendue que par très peu de gens. Ce n'est pas parce qu'un virus peut être infecter par un autre virus que cela suffit pour le qualifier d'être vivant. À ce compte là un ordinateur aussi est un être vivant...
- Partant du postulat ci-dessus, Raoult dit "l'arbre de la vie darwinien n'existe pas, c'est un fantasme littéraire (...) quand vous parlez de virus qui sont des mosaïques (de gènes), vous ne pouvez pas mettre cela sur un arbre". Mais cela n'est vrai que si on accepte que les virus soient des êtres vivants, ce qui n'est pas le cas. Ce sont des parasites incapables de se reproduire seuls, devant détourner la machinerie moléculaire de l'hôte infecté pour se multiplier. Un virus ne se nourrit pas, au contraire d'une bactérie ou d'une cellule eucaryote, ce qui est pourtant un des éléments de base de la vie. La frontière est parfois floue entre les très gros virus et certaines bactéries comme les rickettsie donc on peut certes dire que les virus sont des choses très étranges, pas vraiment inertes car capables de se multiplier, mais pas vraiment vivantes non plus. Ce qui est sûr c'est qu'il suffit d'exclure ces virus pour tomber sur un ancêtre commun et avoir un arbre du vivant. L'hypothèse du rhizome de Raoult est satisfaisante pour les virus, moins pour les bactéries ou les Archés, et certainement pas pour les Eucaryotes.
Bref, pour ce qui est de remettre Darwin en cause, on est loin du compte. Ce qui est remis en cause, c'est l'application aux virus des principes de l'évolution de type darwinienne. Rien de plus, et pas de quoi tuer Darwin.
- Il considère que les virus sont des êtres vivants. Cette hypothèse n'est défendue que par très peu de gens. Ce n'est pas parce qu'un virus peut être infecter par un autre virus que cela suffit pour le qualifier d'être vivant. À ce compte là un ordinateur aussi est un être vivant...
- Partant du postulat ci-dessus, Raoult dit "l'arbre de la vie darwinien n'existe pas, c'est un fantasme littéraire (...) quand vous parlez de virus qui sont des mosaïques (de gènes), vous ne pouvez pas mettre cela sur un arbre". Mais cela n'est vrai que si on accepte que les virus soient des êtres vivants, ce qui n'est pas le cas. Ce sont des parasites incapables de se reproduire seuls, devant détourner la machinerie moléculaire de l'hôte infecté pour se multiplier. Un virus ne se nourrit pas, au contraire d'une bactérie ou d'une cellule eucaryote, ce qui est pourtant un des éléments de base de la vie. La frontière est parfois floue entre les très gros virus et certaines bactéries comme les rickettsie donc on peut certes dire que les virus sont des choses très étranges, pas vraiment inertes car capables de se multiplier, mais pas vraiment vivantes non plus. Ce qui est sûr c'est qu'il suffit d'exclure ces virus pour tomber sur un ancêtre commun et avoir un arbre du vivant. L'hypothèse du rhizome de Raoult est satisfaisante pour les virus, moins pour les bactéries ou les Archés, et certainement pas pour les Eucaryotes.
Bref, pour ce qui est de remettre Darwin en cause, on est loin du compte. Ce qui est remis en cause, c'est l'application aux virus des principes de l'évolution de type darwinienne. Rien de plus, et pas de quoi tuer Darwin.
La testostérone n'est plus l'hormone de l'agression
La vue généralement acceptée est que la testostérone, l'hormone mâle par excellence, est liée à l'agressivité, la violence et les comportements à risque. Ceci découle notamment d'expériences faites chez des rongeurs où la testostérone cause une augmentation de l'agressivité.
Pourtant une nouvelle étude publiée dans Nature vient démontrer que les choses sont bien différentes dans l'espèce humaine. L'administration de testostérone a des femmes a augmenté de façon significative leur capacité à négocier pour parvenir à un accord (voir graphe a). Seules celles à qui on disait qu'elles avaient reçu de la testostérone faisaient preuve de plus d'agressivité dans les discussions, même si elles n'avaient reçu... qu'un placebo, tandis que celles qui croyaient avoir reçu un placebo qui était en fait de la testostérone ont eu un comportement coopératif (graphe b). La testostérone serait donc victime de l'idée qu'on s'en fait, alors que chez les humains sont rôle serait finalement beaucoup plus positif qu'on ne le pensait. Un élément de la démonstration se trouve dans les graphes ci-dessous (tirés de l'article).
Pourtant une nouvelle étude publiée dans Nature vient démontrer que les choses sont bien différentes dans l'espèce humaine. L'administration de testostérone a des femmes a augmenté de façon significative leur capacité à négocier pour parvenir à un accord (voir graphe a). Seules celles à qui on disait qu'elles avaient reçu de la testostérone faisaient preuve de plus d'agressivité dans les discussions, même si elles n'avaient reçu... qu'un placebo, tandis que celles qui croyaient avoir reçu un placebo qui était en fait de la testostérone ont eu un comportement coopératif (graphe b). La testostérone serait donc victime de l'idée qu'on s'en fait, alors que chez les humains sont rôle serait finalement beaucoup plus positif qu'on ne le pensait. Un élément de la démonstration se trouve dans les graphes ci-dessous (tirés de l'article).
Inscription à :
Messages (Atom)
