samedi 17 octobre 2009

Maladie de Parkinson II : retour de la thérapie cellulaire ?

Âmes sensibles, s'abstenir...
Sous le titre "Fetal cells again", la revue Science publie un commentaire sur une nouvelle tentative de thérapie cellulaire en injectant des neurones prélevés sur des fœtus de 6 à 9 semaines. Pourtant on croyait cette solution dépassée. Ce commentaire rappelle comment dans les années 90 il a été montré que les effets bénéfiques d'une telle solution étaient très mineurs et qu'elle induisait des effets secondaires telles que des mouvements incontrôlés ou dyskinésie. De plus, les cellules introduites sont également atteintes peu à peu par la maladie de Parkinson. Le magazine Newsweek faisait le même constat il y a tout juste un an (voir mon billet de l'année dernière ici). Et le doute s'installe de plus en plus comme le dit Constance Holden dans Science.
Pourtant, des chercheurs européens et américains sont en négociation à l'heure actuelle avec l'Union européenne pour obtenir un très important financement afin de relancer ces essais de thérapie cellulaire. Certains parmi ceux qui ont conduit les essais des années 90 sont très sceptiques, comme C. Warren Olanow, un neurologue de la Mount Sinai School of Medicine de New York : "I think it's a step backwards; ... all the double-blind trials have failed," [Je pense que c'est un retour en arrière ; ... tous les essais en double aveugle ont échoué].
La principale difficulté réside dans l'état de différenciation des neurones injectés : s'ils ne sont pas assez différenciés, on risque d'induire la formation de tumeurs, et s'ils le sont trop ils ne serviront à rien. C'est là qu'intervient l'âge des fœtus utilisés : 6 à 9 semaines serait l'âge idéal et il en faudrait entre quatre et six pour traiter un patient... Les premiers essais pourraient avoir lieu en 2012 si l'Union européenne accorde les financements. Pourtant d'autres voix se font entendre : Ted Dawson, spécialistes des maladie neurodégénératives à la Johns Hopkins University de Baltimore pense que cela est "surprising. ... I had thought there was going to be a moratorium [on fetal tissue transplants] until we had a better understanding of dopamine neurons in transplantation." [C'est surprenant (...) Je pensais qu'il y aurait un moratorium sur les transplantations de tissus fœtaux jusqu'à ce qu'on comprenne mieux comment transplanter des neurones dopaminergiques.]

Une erreur sur la compréhension de la maladie de Parkinson ?
Dans les années 90, la maladie de Parkinson était attribuée à la mort de neurones dopaminergiques et les traitements envisagées étaient soit l'injection de neurones dopaminergiques, soit l'utilisation de la L-DOPA, une substance qui permet de mimer la présence de ces neurones. Mais la recherche a beaucoup progressé depuis et la maladie s'avère plus complexe. En particulier, Olanow est tout aussi sceptique en ce qui concerne l'essai de thérapie génique évoqué dans le billet précédent et consistant à introduire les enzymes permettant de fabriquer la dopamine.

La fondation Michael J Fox ne soutient plus ce type de thérapie
Mais le plus surprenant est le changement d'attitude de la fondation de Michael J Fox. Certains se souviennent sans doute que cet acteur, atteint de façon précoce par la maladie de Parkinson (il est né en 1961), a été un ardent avocat de la thérapie cellulaire et de la recherche sur les cellules souches embryonnaires. Pourtant aujourd'hui il semble que sa fondation, la MJFF (Michael J Fox Fundation) soit tournée vers des thérapies entièrement différentes. Sa directrice Katie Hood l'avoue : "I was totally naïve when I came to the foundation (in 2002). ... All my exposure was pop media; I thought it was all about stem cells. ... I have not totally lost hope on cell replacement, [but] I just don't think it's a near-term hope." [J'étais totalement naïve quand je suis arrivée à la fondation en (2002) (...) Je pensais qu'il n'y avait que les cellules souches (...) Je n'ai pas perdu tout espoir de thérapie cellulaire mais je ne pense plus que ce soit pour un futur proche]. De fait dans le rapport 2008 de la Fondation, il est essentiellement question de thérapies à base de nouvelles molécules plutôt que de thérapie cellulaire.

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